Analysis and data : analyser des données avec Excel
Analyser des données dans Excel, ce n’est pas seulement aligner des chiffres dans des colonnes. C’est transformer un tableau parfois indigeste en réponses utiles : quels produits se vendent le mieux ? À quel moment les dépenses augmentent-elles ? Quel client mérite un suivi particulier ? Avec quelques bonnes habitudes et les bons outils, Excel peut vous aider à passer des données brutes à des décisions concrètes.
Pas besoin d’être statisticien ni de connaître toutes les fonctions du logiciel. L’essentiel est de progresser dans le bon ordre : préparer les données, poser une question précise, choisir une méthode d’analyse, puis vérifier que le résultat a du sens. Voici une démarche accessible pour tirer davantage de vos tableaux.
Commencez par poser la bonne question
Avant d’ouvrir un graphique ou de tester une formule, demandez-vous ce que vous cherchez à comprendre. « Analyser mes ventes » est trop vague. « Quels sont les trois produits qui génèrent le plus de chiffre d’affaires ce trimestre ? » donne déjà une direction claire.
Une question bien formulée permet de sélectionner les bonnes colonnes et d’éviter de produire des tableaux compliqués qui ne répondent à rien. Par exemple, pour étudier les ventes, vous pouvez vouloir comparer les résultats par mois, par produit, par région ou par commercial. Chaque angle d’analyse peut révéler une information différente.
Imaginez un petit tableau de commandes contenant une date, un client, un produit, une quantité et un prix unitaire. À partir de ces cinq informations, vous pouvez calculer le chiffre d’affaires, suivre son évolution dans le temps et comparer les produits. Mais si votre objectif est d’identifier les clients qui commandent régulièrement, la date et le nom du client deviennent les champs centraux.
Avant de commencer, formulez votre objectif en une phrase. Cela vous aidera à choisir les indicateurs réellement utiles, plutôt que d’ajouter des calculs « au cas où ».
Préparez vos données avant de les analyser
Une formule brillante ne peut pas compenser un tableau mal organisé. Dans Excel, une base de données propre suit quelques règles simples : une ligne correspond à un enregistrement, une colonne à une information et la première ligne contient des en-têtes uniques.
Évitez notamment les cellules fusionnées, les lignes vides au milieu du tableau et les sous-totaux insérés entre les données. Ces éléments peuvent gêner les tris, les filtres et les tableaux croisés dynamiques. Si vous analysez des commandes, chaque ligne doit représenter une commande ou une ligne de commande, selon la structure choisie, et non un mélange des deux.
Vérifiez également que les données sont reconnues par Excel comme le bon type d’information. Une date stockée sous forme de texte ne se comportera pas comme une vraie date. De même, un montant saisi avec un symbole ou une apostrophe mal placée peut ne pas être reconnu comme un nombre.
- Utilisez des noms d’en-têtes clairs, comme « Date de commande » ou « Quantité », plutôt que « Info 1 ».
- Repérez les doublons avec l’outil Supprimer les doublons ou la mise en forme conditionnelle.
- Vérifiez les cellules vides, les fautes de frappe et les valeurs incohérentes.
- Convertissez votre plage en tableau avec Ctrl + T : les filtres s’ajoutent automatiquement et les nouvelles lignes sont plus faciles à intégrer.
Un tableau Excel bien construit, avec des en-têtes propres et des données continues, constitue une base bien plus fiable pour la suite. C’est un petit effort au départ qui évite de chercher pendant une heure pourquoi un filtre oublie la dernière ligne.
Calculez vos indicateurs avec des formules simples
Une fois les données préparées, commencez par créer les indicateurs qui répondent à votre question. Pour calculer le chiffre d’affaires d’une ligne, multipliez la quantité par le prix unitaire. Si la quantité se trouve en D2 et le prix en E2, la formule est :
=D2*E2
Dans un tableau Excel, vous pouvez aussi utiliser les noms de colonnes, plus lisibles : =[@Quantité]*[@[Prix unitaire]]. Excel recopiera la formule dans les autres lignes du tableau.
Pour additionner les ventes d’une période ou d’un produit, les fonctions conditionnelles sont particulièrement pratiques. SOMME.SI additionne les valeurs qui respectent un critère ; SOMME.SI.ENS permet d’en appliquer plusieurs. Par exemple, cette formule additionne les montants de la colonne F lorsque la région en C est « Nord » :
=SOMME.SI(C:C;"Nord";F:F)
Pour compter les commandes d’une région et d’une période, vous pouvez utiliser NB.SI.ENS. La fonction MOYENNE.SI.ENS, elle, calcule une moyenne selon plusieurs critères. Ces fonctions répondent à de nombreux besoins courants sans nécessiter de manipulation complexe.
Lorsque vous comparez des résultats, choisissez l’indicateur adapté. Un chiffre d’affaires total peut être élevé simplement parce qu’un produit coûte cher. Le nombre d’articles vendus, la marge ou le panier moyen apporteront peut-être une lecture plus intéressante. Pensez également à préciser la période : comparer un mois de 31 jours à un mois de 28 jours sans contexte peut conduire à une interprétation trompeuse.
Explorez vos données avec un tableau croisé dynamique
Le tableau croisé dynamique, souvent abrégé en TCD, est l’un des outils les plus efficaces d’Excel pour résumer des données. Il permet de réorganiser rapidement une base sans modifier les lignes d’origine. Vous pouvez, par exemple, afficher les ventes par produit et par mois en quelques glisser-déposer.
Pour en créer un, cliquez dans votre tableau, puis choisissez Insertion > Tableau croisé dynamique. Sélectionnez l’emplacement souhaité, puis répartissez les champs dans les zones de lignes, colonnes, valeurs et filtres.
Avec une base de commandes, vous pouvez placer « Produit » dans les lignes, « Date de commande » dans les colonnes et « Chiffre d’affaires » dans les valeurs. Excel calcule alors un résumé des ventes par produit et par période. Si le champ de valeur est compté au lieu d’être additionné, vérifiez que les montants sont bien reconnus comme des nombres, puis modifiez le calcul dans les paramètres du champ.
Les TCD sont aussi utiles pour comparer plusieurs dimensions. Essayez, par exemple, de mettre la région en filtre et le commercial en lignes. Vous pourrez alors examiner les performances d’une région sans reconstruire votre analyse à chaque fois. Ajoutez des segments depuis l’onglet du tableau croisé dynamique pour filtrer les résultats à l’aide de boutons visuels.
Gardez toutefois un réflexe en tête : après avoir ajouté ou modifié des données dans la source, actualisez le tableau croisé dynamique. Un résumé qui n’a pas été actualisé raconte parfois l’histoire de la semaine dernière.
Choisissez un graphique qui clarifie le message
Un graphique sert à rendre une tendance ou une comparaison plus facile à comprendre, pas à décorer une feuille de calcul. Le bon choix dépend donc de l’information que vous souhaitez faire ressortir.
- Graphique en courbes : pour suivre une évolution dans le temps, comme les ventes mensuelles.
- Graphique en barres ou en colonnes : pour comparer des catégories, par exemple le chiffre d’affaires par produit.
- Nuage de points : pour observer la relation entre deux variables numériques, comme le budget publicitaire et les ventes.
- Graphique en secteurs : pour montrer quelques parts d’un total, à condition de limiter le nombre de catégories.
Si vous comparez quinze produits, un camembert avec quinze parts rendra probablement la lecture plus difficile. Des barres triées par ordre décroissant seront plus claires. Évitez également les effets 3D et les couleurs trop nombreuses : ils attirent l’œil, mais pas toujours vers le bon endroit.
Donnez à votre graphique un titre qui exprime son contenu, comme « Chiffre d’affaires par mois en 2024 », plutôt qu’un vague « Résultats ». Vérifiez les unités et les étiquettes d’axes. Une courbe qui semble s’envoler parce que l’axe commence à 98 plutôt qu’à 0 mérite une attention particulière : le visuel peut amplifier une variation modeste.
Repérez rapidement les tendances et les anomalies
La mise en forme conditionnelle permet de faire ressortir les valeurs importantes directement dans un tableau. Vous pouvez colorer les montants supérieurs à un seuil, afficher une barre de données ou mettre en évidence les doublons. Dans l’onglet Accueil, choisissez Mise en forme conditionnelle, puis la règle adaptée à votre besoin.
Par exemple, si vous suivez les délais de livraison, une règle peut colorer en rouge les retards de plus de cinq jours. Pour des ventes, une échelle de couleurs peut révéler les régions les plus performantes. Utilisez ces couleurs avec modération : si tout clignote, plus rien ne se distingue.
Les anomalies ne sont pas toujours des erreurs. Une vente exceptionnellement élevée peut correspondre à une commande importante, à une saisie incorrecte ou à une période promotionnelle. Excel peut vous aider à la repérer, mais c’est à vous de vérifier son origine avant d’en tirer une explication.
Pour mieux comprendre une évolution, comparez des périodes cohérentes et cherchez ce qui a changé : prix, volumes, nombre de clients, saisonnalité ou organisation. Une baisse du chiffre d’affaires n’a pas la même signification si elle vient d’une diminution des commandes ou d’une réduction du prix moyen.
Automatisez les analyses qui reviennent souvent
Si vous recevez chaque semaine un fichier construit de la même façon, refaire manuellement les mêmes tris et nettoyages devient vite fastidieux. Power Query, accessible depuis l’onglet Données, permet d’importer et de transformer des données en enregistrant les étapes. À la prochaine mise à jour, il suffit souvent d’actualiser la requête pour appliquer à nouveau le traitement.
Vous pouvez ainsi supprimer des colonnes inutiles, uniformiser des noms, filtrer des lignes ou combiner plusieurs fichiers. Power Query est particulièrement intéressant lorsque les données proviennent de sources différentes ou nécessitent toujours les mêmes corrections.
Pour des tâches répétitives dans une feuille, les tableaux Excel, les formules structurées et les fonctions dynamiques peuvent également faire gagner du temps. Les macros VBA sont une autre option lorsque vous souhaitez automatiser des actions spécifiques, mais elles ne sont pas indispensables pour commencer une analyse efficace.
Vérifiez vos résultats avant de les partager
Une analyse utile doit être compréhensible et vérifiable. Contrôlez quelques résultats à la main, comparez les totaux avec la source et assurez-vous que vos filtres ne masquent pas une partie des données. Si vous utilisez plusieurs feuilles ou plusieurs périodes, vérifiez que les plages de calcul couvrent bien toutes les lignes attendues.
Présentez ensuite les résultats autour de trois éléments : la question, le constat principal et les chiffres qui l’appuient. Au lieu d’envoyer un graphique sans explication, indiquez par exemple que les ventes ont progressé de 12 % par rapport au trimestre précédent, puis précisez quelles catégories contribuent le plus à cette hausse.
Enfin, gardez une copie de la source originale avant de nettoyer ou de transformer les données. Vous pourrez ainsi revenir aux informations de départ en cas d’erreur, et expliquer plus facilement comment vous êtes arrivé à vos résultats. Une analyse claire ne repose pas sur une formule magique : elle combine des données bien préparées, une question précise et des outils choisis avec méthode.